Vous avez construit une entreprise. Des équipes, des clients, une réputation. Peut-être même une valeur qui ferait briller les yeux d’un acquéreur.
Très bien. Maintenant, une question moins agréable : si cette entreprise cessait de vous verser de l’argent pendant un an, votre vie personnelle tiendrait-elle aussi bien que votre discours sur sa valorisation ?
La question n’enlève rien à votre réussite. Elle oblige simplement à regarder ce que cette réussite vous permet réellement de choisir.
Une valorisation ne règle pas les dépenses du mois
Une entreprise peut valoir beaucoup sans vous rendre immédiatement disponible beaucoup d’argent. Sa valeur dépend notamment de ses résultats, de ses perspectives, de ses risques et des conditions d’une éventuelle vente. Le chiffre évoqué autour d’une table n’est pas encore un prix encaissé.
Entre les deux, il peut y avoir un acquéreur à trouver, une négociation, des dettes à prendre en compte, des garanties, des délais et une fiscalité à examiner.
Un patrimoine affiché et un patrimoine mobilisable ne racontent donc pas tout à fait la même histoire.
Vous pouvez être riche sur le papier et manquer de marge de manœuvre au moment où vous en avez besoin. Ce n’est pas une contradiction. C’est une question d’organisation.
Plusieurs lignes. Une seule source de revenus.
Regardez un cas fictif. Un dirigeant détient les titres de son entreprise. Il perçoit sa rémunération, parfois des dividendes. Une société civile immobilière détient les locaux professionnels et encaisse un loyer payé par cette même entreprise. Enfin, une partie de son épargne est engagée dans un nouveau projet du groupe.
Sur le tableau patrimonial, les cases sont nombreuses.
Mais si l’activité ralentit sérieusement, combien de ces cases risquent de souffrir en même temps ?
Le salaire, les distributions, le loyer et la valeur des titres peuvent dépendre du même moteur économique. La diversité juridique des structures n’efface pas cette dépendance.
Une collection de sociétés n’est pas, à elle seule, une diversification.
Le risque que l’on connaît reste un risque
« Mon entreprise, au moins, je la maîtrise. »
Vous la connaissez mieux que quiconque. C’est une force. Mais connaître une activité ne permet pas de décider du comportement de tous ses clients, du prix de tous ses fournisseurs ou du calendrier de tous ses concurrents.
Et lorsque votre temps, vos revenus et l’essentiel de votre capital sont déjà engagés dans cette activité, la question patrimoniale devient très concrète : quelle place reste-t-il pour le reste de votre vie ?
Diversifier suppose de réfléchir à vos objectifs, à votre horizon et aux risques acceptables. L’Autorité des marchés financiers rappelle l’intérêt de répartir ses placements. Cette répartition ne supprime ni les pertes possibles ni le besoin de choisir des investissements que l’on comprend.
Commencez par une carte. Les produits viendront après.
Avant de chercher « le bon placement », mettez votre situation à plat.
Identifiez qui possède quoi, les dettes associées et les éventuelles garanties personnelles. Puis reliez chaque revenu à celui qui le finance réellement. Enfin, distinguez ce qui est disponible rapidement de ce qui nécessiterait une vente, une décision collective ou un délai.
Ce travail donne trois questions utiles :
- Quelles dépenses du foyer resteraient couvertes si les distributions s’arrêtaient ?
- Quels projets personnels dépendent aujourd’hui d’une vente de l’entreprise à une date et à un prix précis ?
- Quelles ressources permettraient de traverser une difficulté sans vendre dans l’urgence ?
Les réponses valent davantage qu’un classement des produits à la mode.
Sortir de la dépendance, sans affaiblir l’entreprise
Il ne s’agit pas de prélever précipitamment la trésorerie dont votre société a besoin pour investir, payer ses équipes ou absorber un imprévu.
L’enjeu est de construire progressivement des marges de manœuvre personnelles, compatibles avec les besoins de l’activité et le cadre juridique et fiscal de chaque opération.
Cela peut demander de revoir les flux entre rémunération, distributions et épargne ; de préparer une cession ; ou de vérifier la protection du foyer. Les arbitrages se travaillent avec vos conseils, à partir de votre situation réelle.
Il n’existe pas de pourcentage magique que tout dirigeant devrait détenir hors de son entreprise. En revanche, chacun devrait pouvoir expliquer sa dépendance et dire jusqu’où il l’accepte.
La réussite devrait aussi vous donner le droit de choisir
Continuer parce que l’on en a envie. Ralentir sans déséquilibrer toute la famille. Refuser une offre insuffisante. Saisir une occasion sans mettre en jeu tout ce qui a déjà été construit.
Voilà ce qu’une organisation patrimoniale peut chercher à rendre possible.
Votre entreprise peut être votre plus belle réussite. Elle ne devrait pas être votre unique porte de sortie.
Olivier ARIAS — ARIAS PATRIMOINE
Votre patrimoine repose-t-il sur plusieurs ressources… ou sur plusieurs expressions du même risque ? Parlons de votre situation. Si cette question mérite d’être posée à un dirigeant de votre entourage, partagez cet article et suivez ARIAS PATRIMOINE sur LinkedIn et X.