La Bourse, un casino ? Très bien. Mais je refuse d’être le pigeon.

La Bourse, un casino ? Très bien. Mais je refuse d’être le pigeon.

La Bourse, un casino ? Très bien. Mais je refuse d’être le pigeon. 2560 1709 Arias Patrimoine

Vous avez travaillé vingt ans pour constituer votre patrimoine.

Un homme publie trois lignes sur son téléphone. Votre portefeuille prend une claque.

Il en publie trois autres le lendemain. Il remonte.

Et entre les deux, quelqu’un vous explique très sérieusement que « les marchés ont intégré les nouvelles anticipations ».

Magnifique.

Quand vous changez d’avis trois fois dans la journée, vous êtes indécis. Quand la Bourse le fait, elle est efficiente.

Je force le trait ? Un peu. C’est précisément pour cela qu’on va regarder les chiffres.

Car ce qui me dérange aujourd’hui, ce n’est pas que les marchés montent ou descendent. C’est cette manière de continuer à présenter l’investissement comme une compétition parfaitement équilibrée, où chacun arriverait avec sa petite analyse, son courage et les mêmes cartes.

Certains analysent les décisions. D’autres participent à leur fabrication. Vous comprendrez que le point de départ n’est pas tout à fait identique.

Prenez les déclarations financières de Nancy Pelosi. Un document officiel de janvier 2025 fait apparaître des achats d’options par son conjoint sur Alphabet, Amazon et Nvidia : entre 250 001 et 500 000 dollars par opération. Il mentionne également une vente de 31 600 actions Apple, déclarée dans une tranche de 5 à 25 millions de dollars.

Ce sont des transactions, pas des bénéfices. Et ce document ne démontre aucun délit d’initié. Mais il permet au moins de comprendre pourquoi le citoyen qui hésite entre deux fonds dans son assurance-vie trouve parfois le spectacle légèrement déconcertant. Déclaration officielle au Congrès.

Chez les Trump, Reuters estime que les principales activités crypto de la famille ont produit au moins 2,3 milliards de dollars de profits depuis le retour de Donald Trump à la présidence. Dans ces projets, l’agence évalue les pertes nettes des investisseurs, réalisées ou latentes, à environ 2,3 milliards à fin avril 2026.

Les deux montants ne prouvent pas un transfert direct, dollar pour dollar. Et la crypto ne représente pas toute la Bourse. Mais le mélange entre pouvoir politique, promotion et intérêts privés mérite quelques questions autrement plus sérieuses que : « Alors, vous êtes plutôt haussier ou baissier ? » Enquête Reuters du 9 juin 2026.

Pendant ce temps, Elon Musk promet une action SpaceX à chaque enfant américain en 2027. L’annonce date du 19 octobre ; les modalités restent à préciser.

Le Père Noël passe donc à l’actionnariat.

Pourquoi pas ? Mais une promesse spectaculaire reste une promesse. Elle ne dit rien du prix auquel vous, adulte français enthousiaste, devriez acheter quoi que ce soit. Associated Press.

Voilà le décor : de la politique, de l’argent, de l’influence, de la communication. Beaucoup de communication.

Et au milieu, votre épargne, à laquelle on recommande de rester calme.

Je ne prétends pas que chaque mouvement de marché est manipulé. Je dis que votre intérêt n’est pas nécessairement celui des gens qui captent votre attention.

C’est déjà une excellente raison de reprendre la main.

Encore faut-il renoncer à une petite vanité : celle de croire que nous allons battre tout ce beau monde avec trois vidéos, une application et un pressentiment.

Les statistiques sont assez peu sentimentales.

Sur les dix années se terminant fin 2025, 98,44 % des fonds actifs d’actions mondiales libellés en euros étudiés par SPIVA ont sous-performé leur indice de référence, le S&P World. Sur cinq ans, la proportion atteint 95,29 %. Les performances sont calculées nettes de frais, avec prise en compte des fonds disparus. Cela concerne ces fonds professionnels, pas tous les investisseurs. SPIVA Europe 2025.

Ces gens ont des équipes, des analystes, des modèles et des réunions où l’on emploie des mots anglais pour expliquer des erreurs françaises.

Et ils peinent à faire mieux que l’indice.

Battre le marché est donc possible. En faire une promesse régulière est une autre affaire.

Le marché n’a pas besoin de vous trouver idiot. Il lui suffit que vous vous croyiez exceptionnel.

Même notre lecture des monnaies mérite un peu d’humilité.

On me parle d’un euro fort alors que l’économie européenne avance avec l’enthousiasme d’un contribuable devant sa déclaration.

Au 20 octobre, l’euro valait 1,1215 dollar au taux de référence de la BCE. Dans ses projections de septembre, celle-ci attendait 0,9 % de croissance pour la zone euro en 2026. Ce n’est pas flamboyant. Ce n’est pas non plus une économie inexistante. Et un taux de change isolé ne suffit pas à prouver qu’une monnaie est historiquement forte. Change BCE, prévisions économiques.

Une devise se compare à une autre devise. Elle dépend aussi des taux attendus, des capitaux qui circulent et de la confiance relative.

L’euro peut donc progresser sans que l’Europe ait découvert le secret de la prospérité.

Pour nos entreprises, une appréciation peut alléger certaines importations et compliquer certaines exportations. Pour votre portefeuille américain, elle peut rogner les gains une fois convertis en euros.

Vous pouvez avoir choisi la bonne entreprise et obtenir un résultat décevant.

Avoir raison sur une histoire ne suffit pas. Il faut aussi avoir raison sur le prix, la durée et les risques que l’on accepte.

C’est là que notre époque devient particulièrement inconfortable.

Une taxe peut modifier une marge. Une interdiction d’exportation peut fermer un marché. Une sécheresse peut perturber une production. Une décision sur l’énergie peut changer la rentabilité d’un investissement industriel.

La revalorisation peut être brutale. La sanction aussi.

Nous sommes fascinés par ces business de fulgurance : une annonce, une rupture technologique, une opération, et tout semble changer.

Le problème, c’est que lorsqu’une fulgurance arrive sur votre téléphone, elle a parfois déjà largement voyagé dans les cours.

Vous pensez monter dans le train. Il arrive que vous soyez simplement venu racheter le billet de celui qui descend.

Évidemment, certains anticipent toujours tout.

Les complotistes, par exemple, ont prévu quinze fois l’effondrement du système. Statistiquement, ils finiront bien par avoir un excellent mardi.

Pour mon patrimoine, je préfère une méthode un peu moins dépendante du calendrier de l’Apocalypse.

Je veux comprendre ce qui tient quand les hypothèses se dégradent : les clients restent-ils ? L’entreprise peut-elle augmenter ses prix ? Sa dette est-elle supportable ? Ses investissements produisent-ils quelque chose ? Le bénéfice finit-il réellement en trésorerie ?

Parce que le business, à un moment donné, doit encaisser.

Les applaudissements ne paient pas les échéances.

C’est aussi pourquoi je ne crois pas à la disparition totale de la rente. Des entreprises solides continuent de gagner de l’argent et d’en distribuer. En revanche, la rente sans surveillance mérite de prendre sa retraite avant vous.

Le dividende m’intéresse. Mais pas n’importe lequel.

Une entreprise qui distribue ce qu’elle gagne durablement mérite une analyse. Une entreprise qui s’endette pour préserver l’apparence de sa générosité mérite une autre lecture.

Et une action affichant 9 % de rendement n’est pas forcément un cadeau : son cours a peut-être chuté parce que le marché doute précisément du prochain dividende.

Rappel utile : le dividende n’apparaît pas par génération spontanée. Lors de son détachement, le cours s’ajuste théoriquement de son montant, toutes choses égales par ailleurs. Il faut regarder l’ensemble : valeur de l’action et sommes distribuées. Explication de l’AMF.

Alors, qu’est-ce que je regarderais ?

Des entreprises utiles, capables de vendre dans le monde entier, avec des clients qui ont une raison concrète de revenir.

Air Liquide, par exemple : des gaz industriels et médicaux, des activités liées aux semi-conducteurs, une présence dans 59 pays, près de 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Une activité que l’on peut comprendre et examiner. Cela ne rend pas son action intéressante à n’importe quel prix. Présentation du groupe.

Schneider Electric, pour la gestion de l’énergie, l’automatisation, les infrastructures électriques et les centres de données. Le groupe a dégagé 4,6 milliards d’euros de trésorerie disponible en 2025. C’est du concret. Mais une bonne entreprise peut devenir un mauvais placement si son cours exige déjà un avenir parfait. Résultats 2025.

Legrand, pour les équipements électriques et numériques, avec 1,3 milliard d’euros de trésorerie disponible en 2025. Là encore, il faut surveiller le bâtiment, les acquisitions et les attentes placées dans les centres de données. Résultats 2025.

Leurs conseils publiés ne présentent pas d’administrateur mandaté pour représenter l’État français. Ce critère m’intéresse. Je préfère une stratégie qui cherche des clients à une stratégie suspendue à un arbitrage ministériel. Cela ne suffit évidemment pas à garantir la qualité d’un investissement. Air Liquide, Schneider Electric, Legrand.

Et je ne confondrais pas trois belles entreprises françaises avec un portefeuille complètement diversifié.

Je regarderais plusieurs pays, plusieurs secteurs, plusieurs monnaies et plusieurs catégories d’actifs.

Sur l’eau, je chercherais les entreprises qui traitent, pompent, mesurent, entretiennent et réduisent les pertes. Xylem, aux États-Unis, offre un exemple à étudier. Le besoin existe ; il faut ensuite vérifier qui gagne réellement de l’argent en y répondant. Rapport annuel de Xylem.

Sur la technologie, je voudrais des clients qui paient. L’IA peut bouleverser des métiers ; les lettres « IA » sur une présentation ne constituent toujours pas une marge opérationnelle.

Sur l’énergie, je regarderais aussi ceux qui équipent les réseaux, améliorent l’efficacité et entretiennent les installations. On peut participer à une transformation sans parier toute sa mise sur son futur champion.

Attention au piège : acheter des semi-conducteurs, des centres de données et leurs équipements peut revenir à acheter trois fois le même scénario.

Changer l’étiquette du risque ne le diversifie pas.

Pour investir, une approche régulière peut aider : une somme fixée, à échéances régulières, sans organiser chaque mois un référendum sur la fin du capitalisme.

C’est le principe du DCA.

Il répartit les points d’entrée et limite certaines décisions émotionnelles. Il ne transforme pas une mauvaise entreprise en bonne affaire. Et étaler un capital déjà disponible n’est pas automatiquement plus rentable que l’investir immédiatement : les études historiques de Vanguard montrent souvent l’avantage de l’investissement immédiat. Recherche Vanguard.

Ce qui m’intéresse dans la régularité, c’est la discipline.

Parce que notre plus grande instabilité financière tient parfois le téléphone avec lequel elle consulte les cours.

Harry Browne avait justement construit une réflexion intéressante autour de cette incapacité à prévoir : son portefeuille permanent, dans sa version classique, répartit le capital entre 25 % d’actions, 25 % d’obligations souveraines longues, 25 % d’or et 25 % de liquidités ou de titres publics très courts. Présentation de la stratégie.

L’idée : ne pas dépendre d’un seul avenir.

Les actions participent à la croissance ; les obligations longues peuvent profiter d’une baisse des taux ; l’or diversifie certains risques monétaires ; les liquidités laissent une marge de manœuvre.

Aucune de ces protections n’est infaillible. Les obligations longues peuvent fortement baisser, l’or ne verse pas de revenu et la réserve liquide peut freiner les gains. Pour un Français, il faut aussi penser en euros et adapter la mise en œuvre.

Mais j’aime cette modestie : construire pour plusieurs scénarios plutôt que facturer très cher la certitude d’un seul.

Et les 9 % stables, alors ?

Je vais être direct : je préfère vous décevoir dans une phrase que dans un relevé de compte.

À 9 % composés, on double approximativement un capital en huit ans, avant frais et fiscalité. C’est séduisant. Mais une moyenne de long terme n’est ni un revenu garanti ni une performance identique chaque année.

Faire +20 %, puis −20 %, laisse une perte de 4 %. Et retirer de l’argent pendant les mauvaises années peut compliquer sérieusement la suite.

On peut avoir de l’ambition. On ne doit pas maquiller le risque pour lui faire plaisir.

Quand on me vend 9 % tranquilles, je demande ce qui peut mal se passer. Si la réponse commence par « normalement, rien », je tiens probablement l’information la plus importante du rendez-vous.

Mon conseil serait donc de préserver votre jugement.

Écoutez les arguments. Regardez les comptes. Comparez les prix. Diversifiez. Gardez disponible l’argent dont vous aurez besoin. Votre intuition peut ouvrir une piste ; elle doit accepter d’être contredite.

Et surtout, ne confondez pas agir avec s’agiter.

Vous n’avez aucune obligation de participer à chaque emballement. Aucune médaille ne récompense celui qui consulte le plus souvent son portefeuille.

Si la Bourse prend des airs de casino, gardez au moins cette liberté : choisir votre mise, refuser certaines tables et rentrer chez vous avant de vouloir vous refaire.

Pour le champagne des autres, ils trouveront bien un sponsor.

Olivier ARIAS — ARIAS PATRIMOINE

Réflexion économique et patrimoniale, données arrêtées au 21 octobre 2026. Les entreprises citées sont des exemples d’analyse ; les placements présentent un risque de perte en capital.

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